Les Lifestyle qui font du bien – Episode 2 : Ikaria

Il y a très exactement 18 ans, un certain Gianni Pes accompagné dans ses travaux par un dénommé Michel Poulain découvrait au fin fond de la Sardaigne un lieu abritant la plus forte concentration d’hommes centenaires alors connue. Bien contents de leur découverte, ils prirent alors un stylo à l’encre bleue (peut-être qu’ils n’avait plus d’autres couleurs, l’histoire ne le dit pas) et tracèrent sur une carte les contours de ce mystérieux lopin de terre : le concept de « zone bleue » venait de naître.

              La découverte engendra un engouement certain, et soutenu par la National Geographic Society en 2002, la chasse à la « zone bleue » démarra à travers le globe. A ce jour on en compte cinq :

  •    Certains villages Sardes de la province de Nuoro
  •    La célèbre île japonaise d’Okinawa
  •    La péninsule de Nicoya au Costa Rica
  •    La communauté de Loma Linda en Californie
  •    Et celle qui nous intéresse particulièrement aujourd’hui : L’île grecque d’Ikaria

Ikaria, l’île où l’on vit mieux qu’ailleurs

              Parmi les plus grandes de la mer Egée, cette île se situe dans les Sporades orientales (forcément si on vous dit ça, ça ne va pas bien vous aider...). Pour faire simple, c’est une île grecque pas bien loin de Mykonos. Elle a une superficie de 660 km2 (ce qui ferait cher au prix du m2 parisien mais qui pour une île n’est pas si démentiel que ça), et est presque entièrement recouverte par le mont Atheras dont le point culminant (joliment baptisé Melissa) s’élève à 1040 mètres.

              Un endroit bien sympa en somme, bordé par la mer (forcément, c’est une île !), où il fait en moyenne 20°C et il ne pleut pas vraiment. L’aspect général de l’île est assez « râpé » en raison des milliers de chèvres qui sillonnent le coin en broutant tout sur leur passage.

              Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas vraiment les plages du coin (même si ça fait partie de l’équation) mais bel est bien les statistiques hallucinantes que l’on peut trouver sur la longévité et la santé des habitants d’Ikaria : une personne sur trois atteint les 90 ans, le taux de cancer est inférieur de 20% par rapport à la moyenne, celui des maladies cardiaques de 50% et pratiquement aucune démence sénile n’est à redouter sous ce ciel méditerranéen.

Mais comment font-ils ?

La bouffe

              Là-bas, y’a pas de Mac Do et de toute manière s’il y en avait un, les habitants du coin n’iraient pas. L’alimentation c’est l’un des aspects prépondérants parmi les facteurs de longévité de cette zone bleue. Leur régime s’apparente beaucoup au régime méditerranéen : globalement assez frugal, arrosé massivement à l’huile d’olive, composé principalement de légumes, de fruits frais et secs, d’un peu de poisson, de fromage de chèvre et d’un verre de rouge de temps en temps.

              Mais Ikaria a son petit secret qui lui vaut d’être bien au-dessus des autres contrées méditerranéennes quant à l’espérance de vie : ses infusions. Ici à l’apéro on n’enchaine pas les ricards ou les pintes de blondes. Les habitants d’Ikaria préfèrent se délecter de leurs infusions à base d’herbes sauvages. Le « Thé de la montagne » comme on l’appelle là-bas, constitué d’herbes sèches endémiques de l’île serait en effet l’un des facteurs prépondérants dans leur longévité. Si ça ce n’est pas de la Superfood…

Le sport

              Autre point important : à Iskaria il n’y a pas beaucoup de route, et ça grimpe ! Le développement assez peu avancé de l’île en fait un repère de randonneurs surentrainés. Ici pas question de commander ses sushis du dimanche soir sur Deliveroo ou de prendre le métro pour faire 2 stations.

              Lors des fêtes aussi, les icariotes s’exercent. Leurs traditionnelles « Panigyrias » leur donne l’occasion de pratiquer leurs danses traditionnelles pour lesquelles ils sont, là-encore, d’excellents athlètes. Imaginez-vous faire un Sirtaki tous les dimanches matin et vous vous rendrez rapidement compte de la difficulté de la chose…

Le temps

              Moins palpable que les deux premiers facteurs, le temps à Iskaria évolue différemment par rapport à nos contrées et c’est là encore une bonne raison de se trouver en meilleure santé. Un Icariote ça a le temps. Le temps de faire les choses à son rythme, le temps de prendre soin de soi, de manger, de se reposer, mais aussi le temps social. Un temps pour voir ses amis, sa famille, et selon certaines études le temps de faire l’amour : les rapports sont apparemment plus fréquents et longs que chez nous.

              Selon le Dr Antonia Trichopoulou, 80% des Icariotes âgés de 65 à 100 ans affirment avoir des rapports sexuels réguliers, et d’autres études ont conclu que faire l’amour trois fois par semaine rallonge l’espérance de vie de 10 ans. Décidément ils savent vivre !

La communauté

              C’est probablement le facteur le plus important, le moins mesurable, et aussi le plus négligé dans nos vies urbaines ultra-connectées. Les habitants d’Ikaria vivent en communauté et les liens sociaux y sont particulièrement forts. Là-bas les classes sociales sont peu ou proues inexistantes et font place à une notion d’égalité entre chacun extrêmement forte. Les personnes âgées font partie intégrante de la vie de la communauté et l’entraide représente une vertu majeure pour les Icariotes.

              Fait politique et historique particulièrement révélateur : entre 1945 et 1949 près de 13 000 communistes ont été déportés sur l’île grecque, nombre qui surpassait à l’époque l’intégralité de la population Icariote. Loin de le prendre mal, les habitants de l’île ont accueillis ces invités à bras ouverts et ont tissé des liens encore vivants aujourd’hui avec cette population éphémère. Le communisme y est encore aujourd’hui très présent, à tel point que l’île a été surnommée l’ « île rouge ».

              Alors certes à Paris nous sommes bien d’accord, il n’est pas forcément simple d’adopter en tout point un régime Icariote (allez donc expliquer à votre boss que vous allez rendre son rapport plus tard parce que vous voulez prendre le temps de devenir centenaire), mais on espère que vous y trouverez toute de même quelques sources d’inspirations pour vous sentir mieux au quotidien.